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Chapitre 1 : Sirens

 
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MessagePosté le: Mar 5 Mar - 12:21 (2013)    Sujet du message: Chapitre 1 : Sirens Répondre en citant

Une journée ordinaire parmi tant d’autres pour 312-ALZ-151-150-C. Travailleur sans grande histoire, l’homme cheminait la tête basse pour rentrer chez lui. A pied pour profiter de cette belle journée –car le dôme affichait un grand soleil- il se sentait bien triste. Ses longs cheveux bruns pendaient lamentablement le long de ses épaules. Alors, l’idée lui vint d’aller dans les bas fonds : il y trouverait une boutique à Rêve et pourrait alors se sentir mieux. Il prit donc un premier métro pour descendre : le métro ne menait pas au plus bas des Bas Fonds, il dut donc se diriger vers un des grands ascenseurs. Il venait d’en sortir quand déjà, il croisa une dame aux cheveux roses. Excentricité, certes, mais cela le mettait de bonne humeur : on se préparait ici à fêter joyeusement la prochaine Fête, survenant dans quelques jours. Déjà, on décorait, on chantait : un petit orchestre s’organisait avec une mélodie si connue à la gloire de X.

312-ALZ-151-150-C s’arrêta pour écouter : entendre cela le rendait heureux, comme tout citoyen. Tous aimaient chanter à la gloire de X, même les Traitres, à ce qu’il paraissait. A ce moment ci, 312-ALZ-151-150-C eut peur : il avait songé aux traitres…. Y avait-il quelque chose qui n’allait pas avec lui ? Pourvu qu’il ne se détourne point du bien de la Société, songeait il. Mais ses pensées furent résolument abandonnées quand la mélodie s’arrêta. Il donna une ressource –par transfert envers le code du premier musicien- pour le groupe et continua son chemin. Il se trouvait dans la deuxième partie des Bas Fonds : donc point tout en bas. Mais déjà, l’ordre était bien moins accompli qu’en hauteur. Il se sentait revivre : oui, il allait bien s’amuser. Et bien des gens songeaient comme lui : ils riaient à gorge déployées, faisant déjà leur prévision pour la Fête. Oui, la Fête… 312-ALZ-151-150-C aussi avait hâte. Il était 17h46 et tout allait bien.

A 17h48, c’était la cohue. Une alarme résonnait, sans s’arrêter. Il avait fallu quelques secondes afin que tous comprennent qu’elle montait de l’Ynstitution elle-même. Sourde… grave… résonnante… C’était la première que les habitants l’entendaient et pourtant, tous comprirent ce qu’elle signalait, telle la rupture finale de leur si précieux quotidien : un évènement inquiétant, tel qu’il n’y en avait point eu depuis des décennies, devait avoir lieu.

312-ALZ-151-150-C ne sut comment réagir : fallait-il se cacher ? Suivre la milice pour aider ? Ils avançaient à toute vitesse, ayant reçu un ordre sans aucun doute, en une même direction. Fuir au contraire ? Il n’avait jamais eu à réfléchir à une telle situation : quelle réaction avoir pour au mieux aider la Société ? La Société prime sur l’Individu, mais en voulant aider : il pouvait au contraire se montrer contraignant…. La foule qui jusque là était si ordonnée semblait en proie à de mêmes doutes : disparate, il y eu une minute de pur silence, sans aucun mouvement. 17h48 : elle s’éveillait et, disparate, cela allait dans tous les sens à toute vitesse, bousculant et piétinant. Déjà, la lumière commençait à clignoter : un problème d’énergie ?


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MessagePosté le: Mar 5 Mar - 12:21 (2013)    Sujet du message: Publicité

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Ansa Terhenetär


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MessagePosté le: Mar 5 Mar - 21:32 (2013)    Sujet du message: Chapitre 1 : Sirens Répondre en citant

Après avoir fini son travail pour l’Ynstitution, Ansa s’était offert de luxe de repasser par chez elle pour se changer avant de descendre dans les bas-fonds de la cité. Oh bien sûr, elle aurait pu préférer du temps magnifique que dispensait le lourd dôme les surplombant tous, mais s’installer dans l’atelier lui apparaissait comme une perspective tout aussi réjouissante. De plus, traverser les étroites ruelles lui procurait toujours un sentiment d’excitation mêlant appréhension et fascination tout à la fois. Elle aimait à contempler l’art auquel on donnait libre cours dans cet endroit, surtout durant les périodes particulières comme celle-ci. Son uniforme d’employée oubliée à l’intérieur de son placard, son sévère chignon défait, elle s’était faufilée dans une rame de métro et s’était laissée porter jusqu’à l’antre des plus démunis.

Ses tatouages n’étaient pas les plus célèbres, mais avec le temps ils avaient fini par faire partie des plus appréciés. Cette activité l’apaisait et la plongeait dans une médiation où la peau humaine ne représentait pas plus qu’une toile. Ses aiguilles parfaitement alignées, ses couleurs classées avec un soin tout aussi exemplaire, elle traçait des contours tribal, des arabesques et des spirales voluptueuses sans voir le temps passer. Vers 17h30, elle décida de faire une pause et d’aller vaquer à quelques autres occupations dans les rues animées. L’approche de la Fête se faisait sentir grandement. Plusieurs musiciens déambulaient, jouant un hymne à X. Cher X… Un sourire s’esquissa sur son visage tandis qu’elle s’arrêtait pour écouter l’air entrainant. Des gens accrochaient des guirlandes électriques ornées de « X », d’autres distribuaient des publicités de différents évènements organisés en l’honneur de la Fête. Tous louaient la gloire du Très Haut. Cela lui rappelait sa mère.

Prenant distraitement un prospectus qui lui était tendu, Ansa remercia la personne d’un signe de tête et s’apprêtait à lire les mots inscrits en lettres d’or sur le papier glacé quand un son attira son attention. Le son d’une sirène. Un à un, les gens autour d’elle se figèrent, levant leur regard vers le ciel inexistant en ces lieux, comme pour y trouver une réponse. Le son se mit à monter en puissance, surpassant de très loin les petites mélodies des saltimbanques. Il envahit ses oreilles de telle sorte qu’elle eut vite l’impression de ne plus entendre que lui. C’était une vague qui montait et descendait jusque dans les moindres parcelles de son corps, et qui en pétrifiait toutes les cellules. Tétanisée par la peur et l’incompréhension, il lui fallut une poignée de secondes pour réaliser que la population s’était mise à courir. Et vers où allaient-ils ?

Fébrilement, elle chercha le signe d’un incendie quelconque, d’une anomalie autour d'elle. Peut-être se passait-il quelque chose à la surface, mais, en ce cas, pourquoi l'alarme résonnait-elle aussi pour eux ? Dans le doute, la jeune femme se mit en mouvement et hâta rapidement le pas. Il était hors de question de fuir au hasard. Elle allait chercher ses affaires à l’atelier, puis se dirigerait vers le centre-ville, l’endroit le plus sûr de Yaxuna. Malheureusement, tous n’avaient pas la présence d’esprit de prévoir leur itinéraire. Par chance, elle était petite et pouvait se faufiler entre les masses des corps, mais habituellement on pouvait faire un minimum attention à elle. Plusieurs personnes la bousculèrent, malgré ses efforts pour les éviter.

« Pardon ! Pardon ! Excusez-moi… » Répétait-t-elle d’une voix un peu plus aiguë qu’à l’ordinaire, alors qu’elle tentait par la même de maîtriser la panique en elle. Elle ne tarda pas à abandonner toute politesse : personne ne l’écoutait et, de toute façon, sa voix était noyée par la sirène qui hurlait, elle, à s’en déchirer les poumons. Si tant était qu’elle n’en possédait pas et demeurait sans fin.


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MessagePosté le: Jeu 7 Mar - 15:54 (2013)    Sujet du message: Chapitre 1 : Sirens Répondre en citant

312-ALZ-151-150-C ne savait pas ce qui était le plus inquiétant : la folie qui semblait entrer en tout le monde ou… cette lumière qui disparaissait ? Ou… les deux ensembles ? Automatiquement, il songea qu’il valait mieux rentrer chez lui et se dirigea vers l’ascenseur. L’ambiance lui rappelait celle de ses cauchemars et ses sens étaient entièrement perturbés. De l’ouïe, il ne restait que l’indécent bruit de l’alarme. De la vue, il ne restait plus qu’une image sur deux : la moitié de son temps étant dévoré par cet étrange problème. 312-ALZ-151-150-C n’avait jamais connu le moindre problème d’électricité : celle-ci était comprise dans l’énergie qui s’autosuffisait de la ville… Que se passait il donc ? La panique ici était bien compréhensible.

Avec l’impression que l’action se déroulait sans lui, il continua d’avancer entre les gens. Il lui fallait atteindre l’ascenseur et vite : remonter pour rentrer chez lui ! Une grande partie pensait comme lui car il était presque impossible de passer, même en jouant des coudes. Puis, ce fut un bruit et l’action fut magiquement horrible : une image de personnes qui ne comprennent point d’où le bruit vient. Puis, une nouvelle où elles lèvent la tête. La suivante, il n’y a plus rien en l’air car l’objet avait déjà écrasé les individus prostrés en dessous. Un panneau publicitaire brillait encore. On pouvait lire : « La lessive Plabem ! Avec Plabem, les taches disparaissent ! » et, comme pour en montrer la véridicité, les taches de sangs nouvellement formées semblaient couler sur le panneau sans le tacher pour autant. On voyait en dessous encore les paires de jambes ou de bras qui sortaient, comme si l’on avait écrasé une araignée, de sous le panneau. Mais personne n’aurait songé à tenter d’en extirper les corps : trop de danger d’être soit même écrasé.

Ce panneau, pourtant, fit que les gens arrêtèrent de courir, trop occupés à surveiller le ciel aux météores improbables. L’ambiance était à l’arrêt : la panique pouvait remonter et c’était doucement que 312-ALZ-151-150-C se dirigea vers l’ascenseur. Point d’énergie… il fallait monter par les ruelles grimpantes. Il se tourna vers la rue : plus personne n’empruntait les ruelles grimpantes… et il ne savait s’il se risquerait personnellement à le faire. A coté de lui, une personne hurla en pleurant, appelant à X et réveillant ses congénères à la panique. Et son appel résonna en les murs… et comme pour lui répondre, on entendit un autre hurlement plus strident, un bruit métallique… les ruelles grimpantes, disions-nous ?


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Ansa Terhenetär


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MessagePosté le: Lun 11 Mar - 00:47 (2013)    Sujet du message: Chapitre 1 : Sirens Répondre en citant

Elle avait beau savoir sa démarche quasi impossible, Ansa continuait de vouloir se frayer un chemin parmi la foule perdue et déchaînée. Bousculée, plaquée contre des corps inconnus, sa petite taille était à la fois un atout et une malédiction, car elle lui permettait d’éviter les coups tout autant qu’elle lui interdisait la possibilité de les rendre quand elle les recevait. Ses tympans mis à l’épreuve par l’alarme qui ne cessait de monter et descendre au rythme de sa respiration, sa vue ne lui était pas d’une utilité plus grande. L’électricité, en effet, partit en vrille à son tour et se mit de concert avec son cœur et sa peur en clignotant inlassablement. De fait, son avancée dans cette marée humaine commença à relever du pur instinct.

Peu habitué à l’exercice, son corps demanda bien vite grâce, mais elle n’aurait pu s’arrêter, même si elle l’avait voulu. Derrière elle, les gens se compressaient et se poussaient. Plusieurs fois elle fut projetée sur le côté et dut revoir sa trajectoire, sans succès. Au milieu de ces corps, la chaleur devenait étouffante, et elle se connaissait assez bien pour savoir qu’elle ne tiendrait pas très longtemps. La jeune femme usa alors d’une technique ancestrale, adoptée par les gens de sa stature depuis des millénaires : suivre quelqu’un de plus massif qu’elle et marcher dans son sillage. Parmi la ribambelle de personnes autour d’elles, elle repéra un homme à forte carrure non loin d’elle. Calquant ses pas sur les siens, elle progressa un peu plus vite dans le tohu-bohu général. Qu’importe où il allait, elle irait à sa suite jusqu’à trouver un espace où se réfugier.

Toute à sa filature, elle prêta d’abord une attention minime au son métallique qui survint. Ce ne fut que lorsqu’il se mit à résonner de manière nettement plus inquiétante qu’elle daigna lui accorder une seconde de réflexion, et aussi parce que l’homme s’était arrêté. Imitant les gens autour d’elle, la fonctionnaire leva ses yeux vers le ciel. La frayeur la paralysant sur place, elle vit le panneau publicitaire jouer sur ses gonds, comme hésitant sur l’inévitable qui allait advenir. Noir. Le rectangle lumineux se jeta finalement dans le vide. Noir. Dans un ralenti aussi monstrueux que comique, il s’effondra sur les êtres grouillants en-dessous de lui. Le fracas couvrit le bruit de la chair écrasée. Bien qu’à quelques distances de là, ses voisins reculèrent précipitamment, et des pieds écrasèrent les siens.

La douleur réveilla ses sens, mais elle avait à peine conscience qu’elle respirait. Faible, son corps lui semblait celui d’un nouveau-né, tremblant et cotonneux. Elle était trop lourde pour elle-même. Elle trébucha et se rattrapa à un bras qui passait par là, réflexe salvateur, néanmoins elle ne pouvait empêcher les tremblements en elle. Les prunelles rivées sur le panneau, le mot « Plabem », son regard englobait la blancheur éclatante de l’image pixélisée, mais aussi les trainées écarlates qui sortaient d’en-dessous et qui semblaient ramper sur le sol pavé. Elle recula d’un pas, refusant d’être touchée par ce liquide poisseux. Eclairé par à coup, la luminosité éphémère faisait presque briller le rouge sombre. Elle ne voyait rien d’autre que ça, et ce mot, « Plabem ». « La lessive Plabem ! Avec Plabem, les tâches disparaissent ! ». Les tâches disparaissent. Les tâches disparaissent. Pourquoi ça ne disparaissait pas alors ? Putain de publicité mensongère. Elle n’arrivait pas à détourner son regard de ça, de… De… Tout ce sang. Elle frotta inconsciemment sa main contre son haut, comme pour se laver de quelque chose d’imaginaire. C’était dégoûtant.

Faisant écho à la répugnance qu’elle éprouvait, un hurlement s’éleva et réveilla les esprits. Le chaos reprit ainsi que ses acteurs. Elle ne pouvait que se laisser porter par la foule à nouveau, mais le vide en elle lui avait enlevé toute volonté. Un nouveau bruit inquiétant lui rappela que d’autres choses pouvaient s’effondrer. Oh non… Pas ça… Pas encore… Ansa prit une profonde inspiration et chercha une porte, quelque chose. Elle ne voulait plus voir de sang à nouveau.


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Armand De Cylliniac


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MessagePosté le: Mer 13 Mar - 14:13 (2013)    Sujet du message: Chapitre 1 : Sirens Répondre en citant

Après avoir vérifié qu’il n’oubliait rien, Armand ferma à clé la porte de son studio. Il terminait tout juste son entrainement quotidien. Alors qu’il prenait le chemin de son logement, il prévoyait sa soirée – celle qui devait être la plus longue de la saison. Il y avait bien sur la fête, que tout le monde attendait. Mais les hautes sphères, même quand elles se paraient d’atours, gardaient leur aspect dur et froid comme le métal. L’atmosphère qui régnait avait tout de l’officiel rigide, rien du festif ni du joyeux. Il fallait pour trouver l’ambiance et l’humeur adéquate descendre de plusieurs niveaux, ce que peu de gens des hautes sphères faisait au demeurant.


Cela arrangeait Armand, en quelques sortes. Pour ce qu’il prévoyait de faire, il aimait autant minimiser les chances de croiser quelqu’un connu.
Dans les niveaux inférieurs il devenait un total inconnu au milieu de la foule. Il n’avait pas ce luxe près de chez lui, car tout le monde connaissait sa vocation de danseur. Et si la religion n’avait pas le poids de l’Ynquisition, elle en avait le support, et il en était le serviteur. Et tous les serviteurs était connu si près de la Scène.


Il passa rapidement chez lui, et commença par se laver. La sensation de l’eau coulant sur son corps, la chaleur dans l’étroite cabine, le maintinrent dans une sensation de semi-conscience. L’eau froide surgissant lui arracha un cri. Que se passait-il ? Il s’était à moitié laisser choir sur le robinet, et avait appuyé sur la sécurité. Il se sécha rapidement, tout en se fustigeant lui-même de vive voix, puis s’habilla de quelques fripes simples et sombres.
Il sortit ensuite au pas de course, en direction de l’ascenseur le plus proche. On entendait non loin un hymne montant, les festivités n’étaient que dans quelques jours. Il s’engouffra dans le tube qui le coupa aussitôt de la lumière du jour, et l’ascenseur descendit dans un chuintement léger. Ces engins étaient une merveille, ils parcouraient les hautes sphères en quelques secondes, puis vous emmenaient dans les bas-fonds en presque moins des deux minutes. Bien mieux que le métro.


En sortant, Armand se figea. Quelque chose n’allait pas. Dès que les portes s’étaient ouverte, une plainte sinistre avait couvert tout autre bruit, le frappant au visage. La foule était bien trop agitée, et une sirène faisait vibrer l’air. Quelque chose n’allait pas. Il tenta de se retourner pour regagner l’ascenseur, mais les gens s’y étaient déjà entassés avec pagaille. Il se retrouva rapidement entouré d’inconnus, pressé de toute part. Il se dégagea vigoureusement et atteint un des côtés de la rue. Tout autour de lui n’était que fatras et cacophonie, les enfants criaient, les adultes paniquaient, et personne ne semblait savoir ce qui se passait.


On entendit un long bruit de craquement, qui sembla figer le temps lui-même. Armand vit non loin un gigantesque panneau publicitaire s’effondrer avec fracas, et l’horreur l’envahit. Tous ces gens, morts sur le coup … Il resta un instant à fixer le carnage, abasourdit. Les gens recommençait à paniquer, tandis que d’autres bruits inquiétant se faisaient entendre. Reprenant ses esprits, il se mit à courir en longeant les murs. Le point de rendez-vous, il devait l’atteindre !


La raison lui interdisait d’y croire, mais au fond de lui il ne pouvait s’empêcher d’y penser. Et si ses acolytes étaient responsables de ce foutoir ? Et si leurs escapades avaient provoqué l’immense panique qui régnait aux niveaux inférieurs ? Il ne se le pardonnerait pas…


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Ulysse Reynaud


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MessagePosté le: Mer 13 Mar - 18:25 (2013)    Sujet du message: Chapitre 1 : Sirens Répondre en citant

16h58. Il avait terminé plus tôt, aujourd'hui.

Il faisait tellement chaud dans le cabinet où il travaillait avec Humbert, le documentaliste qu'il assistait, que la migraine l'avait saisi au point de le faire vomir sur le plan de travail. Humbert – « Quel gars compréhensif n'empêche... », se dit Ulysse après coup – s'était contenté de sourire et de lui dire d'un ton calme qu'il pouvait rentrer chez lui. Ulysse avait évidemment refusé : bien qu'intérieurement il voulût partir, il lui semblait incorrect de quitter le travail pour un mal de tête. Même si ce mal de tête lui donnait plus l'impression de passer sous un rouleau compresseur qu'autre chose. Mais déjà son chef lui avait mis son manteau sur ses épaules et mis à la porte du cabinet ; comment refuser ? Il haussa les épaules, et sortit en fredonnant, mal à son aise. Il avait l'impression de faire quelque chose de mal.

Il faisait... beau et bon, comme tous les jours. Jamais de changement, ni de fluctuation de température. Pas de pluie, de neige, de grêle, de sécheresse comme il avait pu en voir dans les documents des temps anciens qu'ils étudiaient et classaient au Musée. À force Ulysse trouvait cela morose ; mais au moins cet air frais-sans-l'être soulageait sa migraine. En cinq minutes, l'atroce douleur disparut comme elle était venue. Il se dit alors qu'il devrait retourner au travail, mais alors qu'il s'arrêtait et regardait le vaste bâtiment sculpté, il pesa le pour et le contre. La Société prévalait sur lui et son travail profitait aux autres, tout comme le travail des autres lui profitait. Mais, et il se sentait gêné – coupable même ! – d'avoir de pareilles pensées, il n'avait absolument pas envie d'y retourner... il se débarrassa de ses scrupules dans un haussement d'épaules : la migraine reviendrait dans ce cabinet surchauffé, il ferait donc mal son travail, et la Société n'aurait pas l'utilité d'un travail mal fait. Content et rasséréné, il continua sa route. Il décida qu'il irait aux Bas-Fonds se nourrir l'esprit des bizarreries qu'il y trouverait, et envoya un message à sa petite amie pour lui dire où il allait.

Il était 17h46 quand il arriva, et tout se passait très bien. Mais deux minutes plus tard, ce fut la catastrophe.

Dans une gigantesque mêlée humaine, des corps avaient abandonné leur humanité pour se précipiter dans tous les sens, bousculant, renversant, piétinant, tuant sans doute. Les plus petits tombaient les premiers. Des mères appelaient, d'autres fuyaient avec ou sans leurs enfants ; la panique habitait les gosiers qui bramaient tant et plus pour sortir de ce piège à rats. « Maman », « Amédée », « Aidez-moi » ou « On va tous crever », tout y allait pour attiser la cohue effrayée. Des brebis apeurées, et le loup était la sirène. Ulysse ne put s'empêcher de sourire intérieurement en songeant que c'était une bête alarme, qui certes ne sonnait jamais, mais une bête alarme tout de même qui avait déclenché un désordre qui coûterait sans doute bien plus de vies qu'elle n'en sauverait ; mais au fond, il était autant mortifié que la horde terrorisée des gens du Bas-Fond. Il s'était retrouvé balloté comme un sac plastique au vent par la foule en transe, jusqu'à se faire acculer contre un mur. Il étouffait et la migraine le reprenait ; il ne tiendrait pas longtemps dans cette retraite avant de défaillir. Fredonnant frénétiquement un air qu'il avait entendu au Musée, il chercha du regard une issue, quelque part où absolument personne n'irait.

Et d'un seul coup, un fracas assourdissant et métallique se fit entendre. Un panneau publicitaire était tombé ; et pas des moindres. Un gigantesque panneau peinturluré de sang. De... sang ? Le sien ne fit qu'un tour, et il profita de ce que le monde ne tournait plus pour se frayer un chemin, le cerveau drogué par sa propre adrénaline. Il y avait quelqu'un là-dessous, il fallait l'aider, le sortir de là ! Sauver la Société en sauvant cette personne ! Mais ce fut pire lorsqu'il arriva. Ce n'était pas UNE personne, mais plusieurs. « Plusieurs bouts de la Société qui s'en vont », pensa-t-il avec une lucidité cynique qui l'effraya lui-même. À lui tout seul il n'aurait pas la force de soulever ce panneau pour dégager les corps, voire les éventuels survivants. Il essaya d'appeler à l'aide, mais personne ne vint. Ces corps qu'il essayait de sauver étaient partie de la Société, au même titre que lui et chaque personne présente ; pourquoi ne bougeaient-ils pas ? Ne s'organisaient-ils pas un peu d'eux-mêmes pour l'aider ? Il dut se résoudre à abandonner, mortifié, les prisonniers du panneau. « De toute façon, pensa-t-il la rage au ventre, ils doivent être bons à sortir à la paille... ». Et sur ce, le courant se coupa.

À présent, il était enragé devant cette injustice infâme ET paniqué ; la belle affaire... il se mit à fredonner de plus belle sans vraiment s'en rendre compte. Deux idées l'obsédaient : « sortir d'ici » et « on aurait pu les aider », l'une appelant à son plus bas instinct de survie, l'autre à son pire sens de la justice. Il aurait voulu tous les égorger, à la fois pour s'en tirer et rendre justice aux pauvrets coincés par le panneau. Et cette coupure... qu'est-ce qui n'allait pas ? Serait-ce la fin de la ville ? De la Société ? Celle de son amour ?


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MessagePosté le: Mer 13 Mar - 19:56 (2013)    Sujet du message: Chapitre 1 : Sirens Répondre en citant

La panique… on l’avait compris. Le hurlement venait de loin, de très loin… on ne savait pas son origine : était ce la peur où quelque chose de pire ? Des traitres pouvaient être ici… Voilà que 312-ALZ-151-150-C songeait à nouveau à ses crapules… Qu’est ce qui n’allait pas bien chez lui ?! On aurait pu croire que c’était la panique qui dévorait tout le monde qui le faisait songer à ces pourritures de la société mais non, il y avait pensé bien avant le début des carnages. La crainte le dévorait, que se passerait-il si ceux-ci s’amplifiaient ? Pour l’instant ils n’avaient d’origine volontaire, mais ce n’était qu’une question de temps. La panique revenait, mais elle repartirait et le silence reviendrait… Ou ceci était un cauchemar ?! Oui, 312-ALZ-151-150-C rêvait : il allait se réveiller, se réveiller ! Le bruit revient, mais entre la sirène et la foule, on ne l’entendit que peu… pourtant, 312-ALZ-151-150-C l’entendait comme si l’écho de son envie mortelle résonnait au fond de lui-même…. Purement, au fond de lui-même. Il restait silencieux et voulu mettre les mains sur les yeux : il ne voulait point voir la suite. C’est à ce moment là que 312-ALZ-151-150-C se rendit compte qu’une enfant était accrochée à son bras.

A coté de 2-245-D-78-G-777-RM, une fillette trébucha. La petite demoiselle aux longs cheveux bruns attrapa le premier objet qui lui permettrait de se rattraper, et ce fut -245-D-78-G-777-RM lui-même qui eut un tel emploi. Bien sûr, il aurait pu aussi bien jeter la gamine au loin : mais elle s’agrippait à lui comme si toute sa vie en dépendait. Et sans doute était ce vrai car tomberait elle à nouveau qu’elle serait piétinée, on retrouverait le lendemain un cadavre d’un enfant écrasé. Elle était bien petite, du haut de son mètre vingt. Elle avait de grands yeux –car tous les enfants ont de grands yeux- verts et des cheveux bruns en pagaille. Ses joues étaient encore trempées et, poisseuse, elle tremblait. Elle se sentit vivre alors, car un enfant se rattrape souvent à ses rêve d’héros dans de telle situation et sourit, la tête levée, au jeune homme qui avait du arrêter sa course à cause d’elle. Elle lui parla, mais la sonnerie couvrit ses mots et la lumière clignotante n’aidait point à lire sur les lèvres.

312-ALZ-151-150-C remarqua que la gamine avait des cheveux bruns. Elle semblait aussi paniquée que lui : entendait-elle le vrombissement elle aussi ? Il ne lui parla point et chercha du regard quelque chose pour se sauver. Mais tout ce qu’il voyait était cette publicité « La lessive Plabem ! Avec Plabem, les taches disparaissent ! » qui continuait de clignoter, et les jambes et les bras qui étaient en dessous ! Et il n’était plus le seul qui regardait à nouveau cette macabre tombe : un jeune homme faisait de même. Très proche des restes, il semblait en proie lui-même à une panique. Il faisait quelque chose avec la bouche mais 312-ALZ-151-150-C ne comprenait point ce que c’était… La gamine semblait n’être toujours pas capable de communiquer et 312-ALZ-151-150-C ne pouvait pas encore s’en débarrasser : il n’était pas prêt à bouger… pas encore. Il leva la tête et ne vit que sa première chute avant que la lumière clignotante l’empêcha de suivre le mouvement de l’objet… mais le bruit du choc contre le sol lui sembla, malheureusement, familier.

La petite fille souriait… voilà ce qu’on voyait. Puis un bruit, une seconde -ou fut ce moins ?- et le bloc tomba sur elle… Ne resta d’elle que le haut de son corps et son bras tenant le vêtement déchiré de 2-245-D-78-G-777-RM.

La panique s’arrêta à nouveau et tous regardèrent le visage de l’innocence qui, au sol, exprimait déjà sa mort… un pied sortait du bloc, de l’autre coté… le reste était écrasé, bouillie pour des rats si des rats il y avait lieu dans la ville… mais il n’y en avait pas. Avant qu’une personne crie, un homme particulièrement baraqué plaça son pied sur le bloc –une publicité pour un dentifrice nommé Bloum qui, miraculeusement, faisait blanchir les dents.

Silence ! Tout le monde doit se taire : la folie fait tomber les blocs et tue ! Que tout le monde entre dans les boutiques, se terre et attende !

Il lui fallait se réveiller, oui se réveiller. Comme le jeune homme qui, après s’être approché du monceau de corps s’était dirigé vers le reste de la petite fille. 312-ALZ-151-150-C voulait se réveiller, mais rien ne l’en empêchait. La gamine tremblait encore plus et, comme une poupée, elle le suivit quand il la dirigea vers le grand homme. Il voulait se réveiller, et pour cela il fallait réveiller toute la société.

Il faut… prévenir là haut… il faut prévenir Y-Tech que l’électri…

Il ne finit pas sa phrase. La lumière était partie et cela, pour une minute… une seule petite minute mais… dans une telle ambiance où une alarme sonne et où plus personne ne bouge, dans le noir, une petite minute c’est bien long. Quand la lumière revint, plus personne ne parlait, les seuls mouvements étaient ceux dirigés à obéir à ce grand homme car bien des gens étaient rassurés qu’on leur ôte leur liberté de mouvement. 312-ALZ-151-150-C, lui, voulait s'en aller, sortir... et donc il cherchait un appui auprès de cet homme -plus imposant que sa poupée de 12 ans accrochée au bras- pour lui en donner le courage.


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Ansa Terhenetär


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MessagePosté le: Mar 19 Mar - 14:19 (2013)    Sujet du message: Chapitre 1 : Sirens Répondre en citant

Dans l’esprit d’Ansa ne cessait de tourner une éternelle question : où était passée la ville si bien structurée qu’elle avait connue jusqu’alors et le calme de ses habitants ? Jamais pareil chaos n’était advenu lors de son existence, et le malaise qu’elle ressentait, bien que s’apparentant à ses faiblesses physiques passagères, avait cette nouveauté que la crainte et le dégoût aujourd’hui s’y mêlaient. Ce spectacle était affolant, mais plus immonde encore était l’image de ces corps et de ce sang visqueux qui se répandait partout. La foule était à présente réduite à un amas de vies grouillantes les unes par-dessus les autres. La jeune femme aurait voulu chercher un abri et s’y réfugier pour pouvoir fermer les yeux et se boucher les oreilles, mais ses membres ne réagissaient pas assez vite. Aussi entendit-elle avec une grande clarté le bruit du métal et vit-elle distinctement le fracas du bloc sur la fillette.

Avant de se dire qu’elle allait mourir, elle se sentit avoir un spasme violent et se pencha en avant. Sa main vint à son secours et se plaqua sur sa bouche néanmoins. Merci X, elle garderait son déjeuner.

Ses jambes flageolantes la portèrent alors qu’elle suivait machinalement l’homme auquel elle s’était agrippée. Celui-ci ne semblait pas lui tenir rigueur de l’avoir pris pour point d’appui, et ne semblait d’ailleurs pas lui prêter la moindre attention. Tant mieux. Elle pressentait que si on lui demandait comment elle allait, elle se mettrait à pleurer ou à rire, ou peut-être les deux à la fois. L’homme allait vers un inconnu qui avait écrasé de son poids les restes de la fillette pour hurler quelque chose. Qu’avait-il dit ? Pourquoi son voisin marchait-il vers lui ? Le regard d’Ansa se posa sur les décombres recouvrant ce qui avait été une charmante image. Une vie innocente. Là, encore du sang. Du sang dont elle ne pouvait détacher son regard et qui captait toute son attention, remuant dangereusement son estomac. Parmi toute la populace ici présente, le hasard s’était porté sur l’existence la moins nuisible. La plus tranquille. La plus fragile.

Ahaha.

C’était trop bête.

Ansa émit un son entre le couinement et le sanglot et se mit à respirer fortement. Son sens pratique la poussait à se calmer et à penser de manière cohérente à ce qu’il fallait faire pour s’en sortir, tandis que son corps n’aspirait qu’à déguerpir loin de tout cela et à hurler sans s’arrêter. Elle n’était pas en sécurité ici. Il fallait qu’elle s’en aille. Il fallait qu’elle scrute le paysage autour d’elle et déniche une issue, n’importe quoi. Malheureusement, ses prunelles restaient fixées sur le visage décomposé de la morte et sur le rouge en dégoulinant. Ce rouge était tellement effrayant. La publicité pour dentifrice contrastait avec la couleur vivifiante. Bloom. Dans une autre situation, peut-être aurait-elle trouvé ça drôle, elle avait toujours eu un certain goût pour l’ironie. Ses tremblements s’intensifièrent et les coins de sa bouche tressaillirent. Ne sachant pas si c’était pour vomir ou pour rire, elle se força à garder les lèvres closes.


Puis les lumières s’éteignirent. Encore une fois.

Noir. C’était une bonne idée. Elle n’aurait plus à voir des morceaux de cadavre ou cette couleur écarlate et dégueulasse.

Le noir se prolongea, délivrant sa vue de cette comédie grotesque. Comme orchestrée par la même entité, la multitude de gens autour d’elle interrompit la plupart de ses éclats de voix. De très loin lui provint un rire nerveux et aigue, probablement une enfant, mais Ansa ne la voyait pas. Elle essaya de l’ignorer et d’inspirer profondément. Elle ne voyait plus le sang. Il fallait qu’elle se calme, sinon elle ne s’en sortirait pas. La lumière revint. Un soulagement général se fit entendre, même si le sien était mitigé. Consciente de la présence de la petite fille morte à côté d’elle, elle fit tout pour l’ignorer et se concentra sur son voisin. Alerter les autorités. Elle déglutit et hocha la tête. Etaient-ils seulement au courant de ce qu’il se passait ici, à la surface ?

« Nous devrions nous déplacer en groupe. » s’entendit-elle dire, le gosier enroué par l’effroi. « Certains avancent et d’autres regardent s’il y a… Des projectiles. »

Ses doigts étaient encore agrippés à l’homme à côté d’elle, mais elle refusait de s’en décrocher. La solitude lui faisait peur.

« Vous connaissez un chemin sûr ? »

La question lui semblait bête, mais l’idée de voir à nouveau des météorites métalliques tomber du ciel ne l’enchantait pas particulièrement. Parler lui faisait du bien. Dans sa tête elle se mit à retracer le dédale des ruelles qu’elle connaissait pour les côtoyer tous les jours.


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Armand De Cylliniac


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MessagePosté le: Jeu 4 Avr - 16:03 (2013)    Sujet du message: Chapitre 1 : Sirens Répondre en citant

-Oh Gabrielle, je t’en prie … que vous n’ayez rien à voir dans tout ça !
 
Alors que la panique était omniprésente autour de lui, seule l’angoisse le tenait fermement. Il marchait aussi vite qu’il pouvait, et même s’il avait voulu courir la foule l’en aurait empêché. Tout n’était que fatras de peur. La sirène retentit à nouveau, plus stridente encore, et cela ne fit qu’empirer les choses. Armand avait les oreilles qui sifflaient, et ses yeux ne voyaient que flou.
Il heurta quelque chose, qui sembla s’agripper à lui. Une enfant apeurée s’attachait à son bras avec vigueur. Il voulait la déposer là, dans un coin à l’abri, mais impossible d’avancer plus.
 
Bousculant plusieurs personnes, il parvint à atteindre un mur pour s’y appuyer. L’enfant était toujours accrochée à son bras, comme si sa vie en dépendait. C’était sans doute vrai par ailleurs, mais Armand ne pouvait y penser. Il n pouvait s’empêcher d’imaginer le pire, Gabrielle et son frère emprisonnés, effacés … Il ne pourrait le supporter. Et au diable ce que pouvait lui faire X. X n’était pas dans cette cohue, X ne calmait pas les gens, il n’avait pas sauvé ceux sous le panneau publicitaire.
Il allait faire comme à son habitude : sauter les yeux fermés.
 
Se croyant à l’abri sans doute, la gamine le lâcha. Grand mal lui prit, Armand vit avec horreur un lourd roc tomber du ciel et s’écraser avec un craquement sourd.
 
Tout s’arrêta subitement, et il ne voyait plus que ce bras sanglant dépasser de sous le rocher. Il n’avait rien fait, pas eu le temps ni le cœur. Et cette gamine-là, elle était morte alors qu’elle se battait si fort …
Non, il n devait pas se laisser distraire, ses camarades étaient plus importants que tout le reste. Avec un pincement au cœur, il se détourna et reprit sa course au milieu de la foule.
Ce coup-là, il ne l’avait pas vu venir, et s’en trouvait tout étourdi. Si bien étourdi qu’il ne perçu pas la stupeur qui avait frappé la foule, ni le calme relatif qui s’imposait peu à peu.
 
Alors qu’il s’éloignait rapidement, il entendit à peine la voix qui s’élevait au-dessus des rumeurs dans son dos, et n’y prêta pas attention. Il ne vit pas que les gens s’écartaient du centre des rues pour rejoindre les boutiques, il ne voyait que ses pieds qui battaient les pavés, et le bout de la rue qu’il voulait atteindre. Il s’engagea dans un étroit passage, et échappa à la foule encore dense.
 
La maison qui servait de repère à ses camarades n’était pas loin. Il aperçut vite la devanture colorée du marchand de tapis, avec ses froufrous et ses tentures qui s balançaient au vent. Armand passa rapidement les étalages devant la vitrine, et passa su le côté du bâtiment. Là était la porte qui devait le mener à l’étage, ou vivaient Dash et sa sœur Gabrielle. Il monta l’escalier à toute allure, et défonça la porte plus qu’il ne l’ouvrit.
 
Il tomba nez-à-nez avec Dash, les yeux écarquillés et brandissant un morceau de ferraille.
 
-Dash ! C’est moi, ne frappe pas !
-Ça je peux voir oui. Qu’est-ce qui t’a pris autant de temps ?! On a cru que X t‘avait trouvé !!!
-Non, ça va. Il ne s’est rien passé ici ?
-Rien du tout, nous t’attendions pour le départ. Ren nous attend, avec le reste de l’équipage.
 
La porte du fond s’ouvrit, et Gabrielle lui sourit.
 
-Tu en as mit du temps. Pouvons-nous partir ?
-Je ne sais pas si on va pouvoir le faire ce soir …
 
Et sans rien dire de plus, il les invita à sortir. Armand était soulagé, et d’un coup beaucoup plus léger. Ils n’avaient rien fait, rien qui ne prenne part à cette folie.


[HRP: MISE EN PAGE A VENIR TRES VITE, au moins le contenu est là.]


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Ulysse Reynaud


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MessagePosté le: Jeu 4 Avr - 19:10 (2013)    Sujet du message: Chapitre 1 : Sirens Répondre en citant

Au milieu du chaos généralisé, il s'était déroulé des tragédies.

Ulysse récapitulait. Pablem – ou plutôt Plabem, mais Ulysse avait lu « Pablem », ce qui faisait un jeu de mots, « pas blême », tout à fait inapproprié eu égard de la situation – avait littéralement broyé une ou plusieurs parties de la Société, à l'aide d'un de ses panneaux publicitaires. Le courant s'était coupé et tout le monde s'était tu, transi d'une terreur à laquelle on eût pu mettre une majuscule, tant elle était immense. Le courant était revenu, et la horde d'animaux humains s'était remise à paniquer. Sans grande surprise pour lui, en vérité : dans un tel endroit, cloîtré dans des souterrains glauques et sombres, une foule ne pouvait faire autre chose que paniquer en pareil instant. À l'air libre on pouvait trouver un point de recul pour rassembler ses pensées, faire le point comme lui-même était en train de le faire contre son mur, et se calmer. Mais pas dans les Bas-Fonds. Les Bas-Fonds, c'était un piège à rats qui n'attendait que le moment propice pour se refermer, et ses habitants venaient seulement de le comprendre. Et puis, tandis qu'ils s'agitaient et hurlaient, un autre bloc avait fini par tomber. Un dentifrice ; ou plutôt une autre publicité – et il pensa en son for intérieur, s'en voulant juste ensuite furieusement d'oser songer si cruellement sur des choses aussi tragiques : « Ça leur apprendra à mettre leurs merdes de pubs partout. » – pour du dentifrice. Nouvelle bouillie de corps qui s'épandait dans une orgie de sang. Nouveaux fredonnements d'un Ulysse qui manqua de vomir pour la deuxième fois de la journée.

Et enfin, un homme s'était levé.

Cet homme remplissait le rôle qu'il s'était souvent imaginé tenir, perdu dans des rêveries de gloire et d'orgueil rayonnant qui n'en finissaient pas. Le rôle du Meneur, implacable et héroïque – voire implacable d'héroïsme, ou héroïque d'implacabilité –, qui allait... mener, mener la masse perdue vers la gloire. Enfin... ici, il s'agissait de survie ; la plus animale des choses, le moins glorieux des objectifs glorieux. Mais Ulysse ne pouvait s'empêcher de ressentir une pointe d'admiration, teintée d'un chouïa de jalousie. Et le noir s'était, enfin, fait. C'est là qu'il avait pu se mettre à réfléchir posément.
Pour ce motif de jalousie, et bien qu'il ne fût pas conscient, son esprit refusa d'abord de l'écouter. Se cacher et attendre ? Non ; lui sortirait d'ici et laisserait ces imbéciles nuisibles à la Société par leur bêtise s'entretuer par accident. Ainsi raisonnait sa mauvaise part, poussée par l'adrénaline et la peur à casser ses solides barrières morales : il jubilerait de les savoir tous morts et se repaîtrait de la chaotique image – imaginée – des flots de sang qui nourriraient les souterrains, le sang sale de ces aliénés que X abandonnait.

Mais son côté le plus haut le lui interdisait formellement.

Il fallait qu'il reste. Il y avait sans doute des gens à aider, à consoler. Chaque Individu qu'il aiderait était un morceau de la Société qu'il guérirait. Chaque regard reconnaissant, chaque merci, serait une récompense formidable pour lui. Peut-être même se souviendraient-ils de lui, peut-être pas de son nom, peut-être pas de son visage, mais juste de lui : l'idée d'un jeune homme qui les aurait aidés dans les heures les plus noires de leur vie alors qu'il aurait aisément pu sauver la sienne. Et là, il atteindrait le réel héroïsme, plus haut que celui du meneur qu'il rechignait à suivre – car lui, à n'en pas douter, visait sa propre survie avant tout ! – ; celui du désintéressement. Et quand il raconterait tout cela à son amour, sans doute en serait-elle heureuse. En espérant que la panique ne se soit pas propagée en surface...
Il allait suivre la bonne voie de son cœur, quand cette dernière pensée lui apparut. Rester là et ne pas la rejoindre ; risquer de la voir blessée, pire, morte... il crut qu'il allait sombrer dans l'inconscience à cette simple idée. Mais d'un autre côté, elle était en surface, à son travail. Avec des gens intelligents ; et elle-même l'égalait en esprit. Il n'y avait aucun doute qu'elle soit exactement dans la même situation morale que lui ; mais au moins était-elle en surface, et le danger était d'un coup diminué. Son angoisse se calma tandis qu'il raisonnait. Il resterait là, car elle saurait se débrouiller sans lui. Mais de par sa nature, de par l'être cher sur qui elle était portée, cette angoisse était destinée à demeurer. Il se remit à fredonner sans s'en rendre compte ; un vieil artiste que le Temps n'avait pas réussi à effacer et dont le nom commençait par V...

Il resterait là, et quand le courant reviendrait, il jetterai son dévolu altruiste sur une personne au hasard ; ce peu importe le spectacle qu'il découvrirait lorsque se seraient dissipées les ténèbres.


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MessagePosté le: Lun 8 Avr - 16:39 (2013)    Sujet du message: Chapitre 1 : Sirens Répondre en citant

La foule s’était calmée. Divisée en plusieurs parties, on y trouvait désormais que peu de monde à l’extérieur. Etaient rentrés ceux qui désormais se calmaient dans les magasins et lambinaient dehors ceux que la folie empêchait d’agir avec discernement. Certes, avaient fui ceux qui avaient encore peur…. Mais ils étaient désormais assez peu nombreux pour arrêter cette tuerie inutile. Le calme… être serein… voilà ce que l’homme aimait. Son physique était large, on savait qu’il pratiquait le sport. Sa coupe de cheveux rappelait celle de la milice : il était facile d’envisager sa situation.

Car notre personnage était un milicien, en effet, qui était en jour de repos. Il était d’ailleurs fort mécontent d’être coincé en ce lieu : profitant de son temps libre pour s’abandonner à des jeux de hasards, il avait appris une information importante. C’est sans doute pourquoi il fixait chaque personne osant le regarder comme si c’était un traitre : il devait se rendre à Z-Kill et raconter ce qu’il savait. Et le groupuscule qui se motivait à l’accompagner était à ses yeux autant un gène qu’un bon moyen d’éviter d’être arrêté. Qu’est ce qui avait provoqué la sirène ? Il lui fallait savoir s’il pouvait se rendre utile. La gamine avait tout à l’heure soulevé un point et les discussions à ce sujet devenaient de plus en plus inutiles : le milicien commençait alors à s’impatienter.

Car ce qu’il s’était passé, plusieurs bonnes minutes avant, fut que la petite fille avait été écrasée. C’est alors que notre homme s’était fait connaître en intimant au calme. Et cette figure d’autorité avait fort plu : le calme était apparu. Puis, 312-ALZ-151-150-C déclara qu’il fallait sortir et l’électricité disparu. Ce fut le réveil de bien du monde : cette longue minute dans le noir le plus total, avec l’odeur du sang, était fort déplaisante pour tout autre chose qu’une glauque imagination. Mais, pour la première fois, la gamine accrochée à son bras ouvra la bouche –et sa voix était posée pour une gamine de douze ans, d’ailleurs… pourtant, que ce soit le milicien ou 312-ALZ-151-150-C, ils étaient persuadés qu’elle ne pouvait avoir au plus que treize années. Elle disait alors qu’il fallait rester réuni : la voix de l’innocence souvent est juste, avait répondu une vieille femme. Mais là encore, personne ne désirait faire parti d’aucun groupe… Il leur fallait une branche à laquelle se raccrocher et elle apparut rapidement. Car, alors, 312-ALZ-151-150-C parla de l’unique sortie logique –car surtout n’employant pas d’énergie- les ruelles grimpantes. A ce moment là, le calme demeurait… c’est comme si personne ne désirait se présenter pour monter, ni pour rester. Mais, dès que le milicien lui répondit qu’en effet, ce serait la voie la plus sure, des mains se levèrent.

Bref… Un groupe de sauveur s’était formé ! On y dénombrait quelques personnes dont 312-ALZ-151-150-C, le milicien, la gamine de 12 ans, la vieille femme et quatre autres personnes d’âge divers. Et depuis… dix minutes ? Ils discutaient sur la marche à suivre.

Alors, le milicien fut lassé… et il partit en direction des rues grimpantes, sans rien dire. Tout de suite, 312-ALZ-151-150-C le suivit, entrainant avec lui la gamine. Il ne voulait surtout pas perdre le militaire de vue… Malgré cela, il offrit un dernier regard à la scène derrière lui : y avait-il parmi tous ces corps animés une femme ou un homme qui cherchait sa petite fille ? Non… sans doute morte… 312-ALZ-151-150-C regarda la petite fille accrochée à son bras et lui tapota la tête, tentant de lui offrir une parole rassurante. Pauvre gamine, songeait-il, de perdre ses parents si tôt. Une fois en haut, il la mènerait à l’Ynstitution pour qu’ils lui trouvent un foyer…


Le mythe de la caverne...

Les Bas Fonds, les ruelles grimpantes

Suite [Ansa ; Armand (?) ]


Pendant que le groupe s’organisait, certaines personnes s’asseyaient ou se tassaient dans la rue. En général, ils ne bougeaient point, ou au contraire, commençaient à paniquer… puis se calmaient. Le danger était il là ? Surement que non. Parmi les folies présentes, quelques cas étaient plus remarquables que les autres.

Déjà, on avait une femme qui riait dans un coin. Habillée en vert, elle semblait dans un fort état de stress. Elle continuait, s’arrêtait… c’était comme si le calme ne pouvait la reprendre. Elle donnait l’impression des possédés des anciens films. En tout cas, elle riait. Pourtant, ses yeux… ses yeux montraient une atroce peur, une forte souffrance. Ses dents étaient jaunes et elle claquait la mâchoire régulièrement. Cela était un reflexe, à ne pas en douter, car ses gloussements finissaient par lui faire mal et donc, cela la faisait claquer des dents. Elle se mit alors les doigts dans la bouche et continuant son manège, bientôt, ses doigts finirent aussi baveux que ensanglanté.

Pas loin, c’était un vieil homme. Il était prostré et tentait de frapper quiconque l’approchait. Terrorisé, il hurlait quelque chose qui ressemblait à « allez vous en » ou « laissez moi tranquille, démons ! ». Sa moustache frémissait et il pleurait parfois en murmurant un nom. Avait-il perdu quelqu’un ? La peine pouvait rendre difficile tout rapprochement…

Enfin… moins pour ses actions que pour son inaction totale… il y avait un jeune homme étendu au sol. A peine la vingtaine, il restait allongé sur le dos, à fixer le plafond et les publicités encore en place. Il était conscient, car il changeait souvent de point observé. Mais quiconque tentait de lui parler se retrouvait face à un mur : aucune réaction. Même quand une femme avait tenté de le bousculer… Alors on le laissait là, mais il était à craindre qu’à une nouvelle panique… il fut piétiné.


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MessagePosté le: Aujourd’hui à 13:24 (2018)    Sujet du message: Chapitre 1 : Sirens

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